Epaule Abduction

 
 

ABDUCTION ROTATION

Le contrôle musculaire auto-stabilisant domine toute la biomécanique

de l'épaule, assurant le centrage actif de la tête dans la glène,

en neutralisant les contraintes de décentrage des mouvements extrêmes, trop rapides, trop puissants.


Le décentrage résume toute la pathologie de l'épaule du sportif.



La technique joue un rôle important

 
 

                                                Le complexe articulaire de l'épaule (par F.BONNEL).


L'épaule constitue le complexe le plus mobile de tout l'organisme.

La ceinture scapulaire se compose de trois articulations véritables : sterno-costo-claviculaire, acromio-claviculaire, scapulo-humérale, et d'un espace de glissement scapulo-thoracique.


L'abduction est un mouvement complexe. L'action isolée du deltoïde entraîne une ascension de la tête humérale (mais pas d'abduction), deux éléments interviennent, l'un actif ( le muscle sus-épineux), l'autre passif (la voûte ostéo-ligamentaire acromio-coracoïdienne).En fait il s'agit d'une butée élastique qui s'adapte dans tous les plans de l'espace sans entraîner de limitation. Le mouvement d'abduction n'est possible que par la stabilisation musculaire supplémentaire des muscles sous-scapulaires et sous-épineux.

Le premier temps jusqu'à 90°, fait intervenir le deltoïde en dehors, les muscles sous-scapulaires et sous-épineux en dedans se comportant en couple de rotation avec le sus-épineux, comme stabilisateur supérieur ;

L'abduction de 90° à 180° est sous la dépendance du couple des muscles trapèze et grand dentelé, qui entraînent la bascule de l'omoplate. L'omoplate est en permanence maintenue par des muscles courts, l'angulaire, le rhomboïde et le petit pectoral.

Dans l'élévation au zénith, le rachis subit une inclinaison latérale.

La rotation interne de 80 à 90° possède 4 muscles : grand dorsal, grand pectoral, sous-scapulaire et grand rond.


Physiopathologie de l'espace sous-acromial.

La coiffe des rotateurs et le long biceps jouent un rôle de stabilisateur de l'épaule, le sus-épineux s'avère la pièce maîtresse de ce système de contention (agissant comme « une cale élastique » empêchant l'ascension de la tête humérale vers l'acromion). Ainsi l'épaule demande beaucoup à la coiffe musculo-tendineuse, ce qui explique la fréquence et la précocité des lésions pathologiques à ce niveau, particulièrement chez le sportif (surcharge fonctionnelle, geste prédisposant). Neer a parfaitement démontré que l'arc fonctionnel de l'épaule est antérieur (et non latéral), le conflit se produisant avec le bord antérieur de l'acromion et le ligament coraco-huméral. La rotation interne en antépulsion tend à amener le trochiter en avant sous le ligament. D'autant, il existe une zone d'hypovascularisation particulièrement vulnérable.


                                                Biomécanique et pathogénie (par D.PATTE).


Le groupe scapulo-thoracique est avant tout une unité de transmission et d'amortissement des contraintes entre membre supérieur et tronc. Au goupe scapulo-huméral est dévolue l'hypermobilité pluridirectionnelle.


On peut schématiquement distinguer trois systèmes :

- un pivot gléno-huméral osseux (avec absence d'emboîtement), avec glissement et roulement de la tête,

- un espace périphérique, avec des bourses séreuses qui assurent le glissement des différents plans tendino-musculaires (la zone de conflit),

- la coiffe musculo-tendineuse des courts rotateurs.

La coiffe joue un rôle fondamentale :

- par sa nappe tendineuse distale, adhérant à la capsule dont elle règle la tension, elle forme une véritable emboîture d'adaptation de la tête à la glène, assurant avec le long biceps et le ligament coraco-huméral un guide de centrage (composante centripète, coaptatrice ou stabilisatrice),

- par ses muscles (centrage actif) réalisant un équilibre dynamique.


Au total, le contrôle musculaire auto-stabilisant domine toute la biomécanique de l'épaule, assurant le centrage actif de la tête dans la glène, en neutralisant les contraintes de décentrage des mouvements extrêmes, trop rapides, trop puissants.

Le décentrage résume toute la pathologie de l'épaule du sportif.

L’épaule en abduction rotation

 

L' « armer » du bras (ABDUCTION-EXTENSION-ROTATION EXTERNE).

Jusqu'à 120° d'abduction, la rotation externe (nécessaire au passage sous la voûte) est contrôlée par la mise en tension des éléments de la sangle fonctionnelle antérieure (« capsular mechanism » de Townley). Les ligaments gléno-huméraux antérieurs et sous-scapulaires repoussent la tête humérale en arrière, alors que le ligament coraco-huméral limite l'extension.

Au-delà de 120°, deux phénomènes interviennent :

- les rotations s'épuisent avec l'élévation. il ne persiste au zénith qu'une rotation externe de 60° (utile pour les gestes de la vie courante d'hygiène cervico-dorsale). Cette rotation externe finale (coude en avant) est guidée par le long biceps.

- les composantes coaptatrices, centripètes deviennent en réalité luxantes. La tête décentrée en bas et en avant n'est plus retenue que par le rebord antéro-inférieur de la glène, par la capsule et le bourrelet.

L'épaule conflictuelle ne se situe pas pendant la phase d'armer du bras (en abduction , l'omoplate est redressée et l'acromion chassé en arrière), mais à la phase d'accompagnement en adduction-flexion-rotation interne. Ce conflit douloureux antérieur en flexion-rotation interne est une entité clinique dont l'étiopathogènie reste souvent mystérieuse.

A partir d'un certain seuil, en fonction de l'âge, des sollicitations mécaniques extrêmes et répétées, la nécrose cellulaire des tendons apparaît (sus-épineux, long biceps).


                                                Analyses de gestes sportifs.


Le crawl .

Au cours du crawl, à l'entrée de la main dans l'eau l'épaule est en abduction maximale (plus ou moins en rotation interne, pouce vers l'intérieur). En milieu de poussée, l'épaule se situe vers 90° d'abduction mais en rotation neutre, pour se retrouver en rotation interne en fin de poussée. En cas de pathologie, les douleurs se manifestent en fin de poussée et à l'entrée de la main dans l'eau. Elles correspondent à l'abduction maximale, et surtout à la rotation interne.


Les principaux défauts techniques correspondent à ces deux niveaux :

- « le retour balistique » : c'est l'épaule qui ramène la main par l'intermédiaire d'un coude en extension (véritable passage en force). Au papillon le retour balistique est quasi constant. Pour l'éviter, le retour doit commencer par une flexion du coude ainsi qu'une rétropulsion de l'épaule. L'extension du coude sera tardive, après l'abduction complète de l'épaule. Conseils simples : « pousser loin en arrière » , « lever le coude fléchit », « allonger loin devant » .

- « le pouce en dedans » : à l'entrée de la main dans l'eau, le pouce dirigé vers le fond de la piscine traduit une épaule en rotation interne maximale. La main doit pénétrer dans l'eau , pouce vers l'intérieur mais avec une inclinaison modérée(environ 40°), ce qui est plus efficace et limite le conflit.


Le lancer du javelot.

Dans la phase préparatoire, l'omoplate est en position de rétroposition maxima (avec le bord spinal au plus près de la ligne des apophyses épineuses), avec mise en action du rhomboïde et du trapèze, associé à une accentuation de la courbure rachidienne. Tous les muscles antérieurs de l'épaule (grand pectoral, petit pectoral, sous-scapulaire, faisceau antérieur du deltoïde) sont en situation d'étirement.

Dans la phase de lancer, le tronc se redresse vivement, l'épaule droite (pour un droitier) est plus haute, tous les muscles antérieurs et les rotateurs internes se contractent pour propulser l'ensemble du membre supérieur.


De la position bras allongés (décontracté) en arrière, buste incliné, en appui au sol sur la jambe arrière, l'action musculaire se propage du pied au bassin pour se transmettre à l'épaule. Le bras est alors à l'horizontale, abduction 90°, étiré en arrière (mise en tension du grand pectoral et du grand dorsal) avec une rétropulsion de l'épaule (phase préparatoire). L'action musculaire se déclenche, avec une flexion et avancée du coude (le coude et le bras prennent de l'avance sur le javelot), c'est alors l'accélération puissante provoquée par l'adduction du bras (grand pectoral) et rapide par les rotateurs internes de l'épaule. Pour augmenter la puissance, une légère torsion du rachis et inclinaison latérale (grand dorsal, muscles rachidiens) peut être nécessaire, mais au détriment éventuel de la qualité de la trajectoire du javelot.

Les fautes techniques à éviter :

- un passage du javelot trop extérieur, avec une rotation excessive, qui perturbe la trajectoire en courbe, ce qui « étire » l'articulation acromio-claviculaire,

- un passage du javelot trop proche de la verticale, coude en avant et vers le haut, avec un risque de trajectoire trop haute, mais surtout une rotation interne excessive du bras (accentuation du conflit).


Gestes apparentés : Smash (volley-ball, badminton), Tir en appui au handball.


Le service au tennis.

Dans le service (à plat), on peut distinguer trois phases : - l'armer du bras (temps faible) ­ la liaison (temps fort) ­ la frappe et la poussée (temps rapide et accéléré).

Au départ (pour un droitier) la main soutenant la raquette se situe légèrement en avant et dans le plan de la hanche gauche. La tenue de la raquette se réalise sans tension musculaire (éviter de la serrer), légèrement fermée (prise « continentale »). Le parcours du bras vers l'arrière se réalise comme un mouvement de pendule ou de balancier jusqu'en retrait de la hanche droite. Le coude parvient jusqu'au niveau de l'épaule, la main tenant toujours la raquette « avec souplesse ». Le poids du corps s'est déplacé sur la jambe arrière, alors que le bras libre s'est élevé pour placer la balle. Pendant que la balle continue son ascension plusieurs actions s'opèrent simultanément et en chaîne : décollement du talon droit et flexion au niveau des genoux, le coude droit se fléchit et l'avant-bras « tombe » en arrière du dos. C'est une phase illustrée comme « une mise en tension d'un arc », du pied au coude. Le bras est alors en position d'armer maximal (abduction et rotation externe). Les articulations sont sollicitées de bas en haut et se « partagent la mise en tension de l'arc » (facteur important de prévention pathologique, en particulier de la région lombaire et de l'épaule). La frappe se déclenche avec translation vers l'avant et le haut, le pied gauche servant de point d 'appui. En haut, c'est l'extension du coude, la rotation interne active du bras et son adduction. Le plan des épaules (incliné vers l'arrière) passe vers l'horizontale facilitant le mouvement du coude, alors que la hanche droite s'est avancée (corps proche d'un plan frontal. Après la frappe, la raquette continue son trajet (accompagnement) vers l'avant pour diriger la balle vers l'endroit voulu (« le plus naturellement possible »). La fin du service à plat se termine lorsque la jambe droite atteint le sol. Toute mauvaise coordination entraîne une sollicitation excessive d'une ou de plusieurs articulations, avec ses risques pathologiques, cas de l'épaule.

Les différents types d'effets de balle se réalisent par des mouvements variés au niveau de l'épaule. Dans le service à plat, le bras recherche la frappe la plus haute possible près de l'axe (élévation maximale du bras avec rotation interne forcée) geste le plus traumatisant pour l'épaule. Au contraire dans le service slicé, le bras est plus latéral et moins élevé, ce qui ménage plus l'épaule ; alors que dans le service lifté la position est intermédiaire.


Les fautes techniques à éviter :

-au cours de l'armer, le passage du bras dans un plan sagittal (absence d'ouverture de l'épaule) accentue le conflit de la coiffe des rotateurs (comme pour le crawl),

- en position d'armer, une torsion du tronc accentuée en arrière (comme au javelot) étire les éléments para-articulaires et articulaires de l'épaule,

- une crispation ou un mouvement forcé, une abduction du bras libre (qui doit rester fixe) accentuent les tensions musculaires sur l'épaule,

- au moment de la frappe, une attaque prématurée de l'avant-bras (qui accentue la rotation interne du bras) augmente l'intensité du conflit.


Musculation : le « pull-over ».

Dans ce mouvement, utile au renforcement musculaire des sports cités dans cet article, il s'agit d' éviter une descente trop basse en arrière et surtout violente (non contrôlée) qui entraîne un étirement de la capsule articulaire et du sac fibreux de l'épaule.

Soit on restreint la descente postérieure du bras, surtout si l'on veut réaliser des charges assez lourdes, soit on descend en extension complète , mais alors en contrôlant le geste et avec des charges relativement légères (assouplissement associé).


                                                Au total , la technique joue un rôle important .


Elle doit permettre d'être efficace sur le plan sportif, mais limiter les contraintes excessives au niveau de l'épaule. La fluidité du geste, la répartition de l'effort sur le maximum d'articulations, et l'apprentissage sont des facteurs essentiels.


Docteur Alain RENAULT

Article publié dans CINÉSIOLOGIE 2001 - n° 195.